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LA CENSURE CE TERRORISME INTELLECTUEL
( Ce texte à été le support d'un débat sur la censure, je le livre tel quel )

L’empire romain ( 435 avant notre ère ) avait déjà ses propres censeurs. Magistrats élus, ils avaient entre autre pour mission de rayer certains sénateurs de la liste des candidats en raison de leurs moeurs légères.
Ainsi donc les mots " censeur, censure " viendraient du latin " Censeo " qui  signifie : " j’estime, je trouve bon, je décide ". Analogiquement , nous pourrions le lier aux verbes suivants : Blâmer, critiquer, interdire, taillader, condamner, excommunier, caviarder...
La censure consiste à estimer par jugement personnel et unilatéral que des propos, des images, des pensées, des évènements sont contraires à la morale, la religion, aux bonnes moeurs, à la stabilité politique, aux intérêts militaro-economiques et de ce fait indignes de parution ou de droit de cité.
Symbolisée par une horrible mégère armée d’un immense ciseaux, la censure prend le nom d’Anastasie, ce qui pourrait être lié au pape Anastase 1er ( 399 - 401 ). Ce dernier inaugura la censure religieuse en interdisant la lecture des livres d’Origène qui présentaient une cosmologie jugée non orthodoxe.
Selon une étude effectuée en 1992 auprès 200 collégiens lecteurs de la revue BT2 et à la question portant sur le pourquoi de la censure, les références ont porté sur les termes suivants : Protéger, garder le secret, contrôler. Tabous, dogmatismes, peur, morale, loi du plus fort. Il est inutile d’insister plus longtemps sur le choix de ces termes.
Au vu des formes variées que prend la censure et des domaines incriminés, nous parlerons de censures au pluriel et les repartirons en trois catégories principales.

LA CENSURE RELIGIEUSE

Son rôle principal aura été et reste l’instauration et la confiscation du pouvoir temporel et religieux.Cette soif de pouvoir à inévitablement dévié vers l'inquisition( crée par le pape Gregoire IX en 1231 ), les autodafés et le régression sociale. Les progrès de l’imprimerie véritable danger pour l’Eglise ont accéléré les mesures de censure. Le pape Paul IV (1555-1559) établit la première liste de livres interdits " L’index ".
Le 24 mars 1564, suite au concile de trente, est publié " l’index librorum prohibiturum " soit le " Catalogue des livres interdits " dont la possession ou la seule lecture entraînait l’excommunication.
A titre d’information ont fait partie de cette liste : Bacon, Montaigne, Descartes, Hume, Heine, Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Diderot, Zola, Flaubert, Anatole France, Sartre, Gide, Alexandre Dumas et Victor Hugo pour ses oeuvres, notre dame de Paris et les misérables. Le dernier index officiel à été publié en 1948.
Quelques exemples de censures morbides et meurtrières.
En l’an 1600 Giordano Bruno religieux Italien est brûlé vif pour avoir osé défendre la théorie de Copernic selon laquelle le soleil est le centre de l’Univers et non la terre.
En 1663 Galilée frôle la mort de justesse et doit " abjurer, maudire et récuser "ses écrits sur Copernic.
Le 5 Août 1667 la pièce théâtrale de Molière " Tartuffe "remaniée et adoucie suite à une censure précédente est interdite, et les spectateurs excommuniés.
Cette bête hideuse qui renaît de ses cendres existait également chez les grecs. Athènes le berceau de la démocratie par le biais de son tribunal des aeropages brûla les oeuvres du philosophe " Protagoras " pour avoir osé exprimer des doutes sur l’existence des Dieux.

LA CENSURE MORALE ET SOCIALE

Elle tente de se justifier par la défense des acquis moraux et sociaux de la cité, par la peur d’une éventuelle décadence. Ce qui peut s’expliquer jusqu'à une certaine mesure, et je pense au problème de la violence télévisuelle pour les enfants.
En réalité, le but principal reste la justification et la préservation de l’injustice sociale dans beaucoup de cas. Ainsi jusqu’en 1789 le roi est de droit divin, les nobles de sang bleu...Aujourd’hui, elle porte sur certains tabous de la société dont les connotations sexuelles, érotiques sont évidentes.

Elle s’est surtout concentrée sur les écrits littéraires libertaires et libertins (Flaubert, Baudelaire). A l’image d’une vierge chaste et hypocrite, elle s’est offusqué de certaines images ou séquences visuelles. L’hydre n’est pas si loin que nous le pensons, en 1956, l’editeur J.J.Pauvert est condamné à une solide amende, à la confiscation et à la destruction des oeuvres saisis pour avoir osé rééditer les oeuvres complètes du marquis de Sade.
Le 12 mars 1987, l’ouvrage de Christian Laborde " l’os de Dyonisos " est interdit par la cour d’appel de Pau pour blasphème, lubricité et provocation.

LA CENSURE POLITIQUE


Son but est clair, défendre le ou les pouvoirs en place. Tous les coups sont permis. Cela peu aller de l’interdiction pure et simple, parfois même à titre préventif, au procès, au licenciement,à l’emprisonnement et à la torture dans certains cas.Les exemples ne manquent pas.Il arrive parfois que les motifs de la censure soient mixtes :

Politico-moraliste :

l’exemple de Lénine photographié en mars 1919 avec la braguette ouverte. La censure à retouché la photographie.
L’exemple de Mao le 30 janvier 1994 France 3 diffuse un reportage sur la folie et les erreurs de Mao. Sur intervention de Pékin 30 minutes sur la vie sexuelle débridée du " saint homme " seront censurés.

Moralo-religieuse :

La fresque de Tommaso Masaccio "Adam et Eve chassés du paradis terrestre " (1426) est retouchée irréversiblement sur ordre de la censure. On masque les attributs génitaux par des feuilles de vigne.
Après ce bref historique de la censure, nous allons ébaucher le règne de l’actuelle censure politico-economique.Elle est plus insidieuse car parfois invisible ou subtile. Autocensure que l’on pourrait expliquer par la peur du licenciement ( cas de l’affaire Pollack licencié de TF1 pour ses caricatures abusives ).

La peur de la pression sociale, la peur de se faire mettre une étiquette Athée, marxiste, antisémite... peur de perdre un lectorat, des cotisations, des abonnements. En mars 1992 lors de l’emission " Heure de vérité " sur A2, Rony Brauman président de MSF( et d’origine Juive )déclare ne pas se reconnaître dans l’Etat actuel d’Israel et qu’il n’aime pas la façon dont Israël " exhibe en permanence l’indicible shoa ". Aussitôt des dizaines de donateurs suspendent leurs contributions à MSF. (Monde du 30 Avril 94) cité par la revue Bt2 spécial censure.
En guise de conclusion, je dirais que je ne prétend pas avoir fait le tour de toutes les formes de censure, mais je pense que nous en avons suffisamment parlé pour nous poser la question suivante : De quel droit des gens pareils à vous et à moi osent ils nous interdire de lire ou de voir, bref de réfléchir sur un quelconque sujet. De quel droit doit peut on m’interdire de lire le marquis de Sade ou Roger Garaudy ou Salman Rushdies ? je n’en vois aucun.
La censure ne fait qu’amplifier les produits qu’elle veut étouffer , elle ne fait qu’en renforcer l’attrait. Quoi de plus satisfaisant que l’objet interdit, que le viol du tabou imposé. Soyons lucides, plus il y a d’interdictions et plus les marchés parallèles prolifèrent. A titre d’exemple le fameux livre sur la maladie de Mitterand à eu ses lettres de noblesse suite à la censure disproportionnée dont il a fait l’objet. N’importe qui pouvait le lire sur Internet tout comme le livre de Garaudy sur les mythes fondateurs de la politique israélienne. Pour reprendre une phrase d’une collègue journaliste Salima Ghezali :" La censure c’est de vouloir faire baisser la température en cassant le thermomètre ".

Ce n’est pas parce que j’ai lu tel ou tel livre, que je vais obligatoirement adopter les points de vues et les philosophies de leurs auteurs. Avant hier, j’ai été voir un film qui s’appelle "Lolita" que je trouve personnellement nul. Dès lors je suis censé être devenu un être immoral qui adopte l’inceste. Ou alors vais je devenir Nazi parce que j’ai lu "Mein Kampf", ou sadique parce que j’ai lu Sade, ou raciste parce que j’ai écouté les tribuns de l’extrême droite.
Il est par contre dangereux que certains sujets deviennent les tabous du XX et du XXI siècle, à force de censure et d’autocensure par peur de représailles politiques sociales et juridiques. Dans ce cas la censure ne serait qu’un terrorisme intellectuel que la société accepte non par conviction, mais par lâcheté matérialiste au nom d’un bien être illusoire.
(c) A. Deramchi 1998

Bibliographie:

* Revue BT2 spécial Censure. source de plusieurs exemples .
* revue autrement No14 de janv 94 La responsabilité
* De la bible aux larmes d'Eros "CENSURES" Bibliothèque Publique d'information Centre Georges Pompidou

 
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