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Messages de l'invisible


Après une nuit angoissante, il venait d'être rassuré. Ses nièces parisiennes étaient indemnes. Elles n'avaient pas été touchées par les horribles attentats, qui venaient de frapper la ville des lumières.  
Déstressé, Mehdi pouvait maintenant , se consacrer à ses propres affaires et honorer son rendez vous à l’hôpital.
2015 n'était pas une bonne année pour lui. Il passait d'une épreuve à l'autre.  Alors qu'il  venait à peine de se remettre de sa perte d'emploi, il devait affronter une nouvelle fatalité, la maladie. Quelques minutes avant l'heure prévue, il se présenta au bureau d'accueil.

- Bonjour, j'ai rendez vous à 11 heures avec la doctoresse duparain.
-  Prenez place à la salle d'attente, elle viendra vous chercher dans quelques minutes.

La taille moyenne, les cheveux noirs, il pouvait  ressembler  au commun des mortels, s'il n'avait ce regard profond et mélancolique. La profondeur d'une âme solitaire qui se questionne sur la folie humaine. Depuis sa maladie inattendue, il s'était résigné à l'obligation, d' effectuer des contrôles réguliers.
Dans l'attente du médecin, il repensa aux propos  de Krishnamurti qui disait « Ce n'est pas un signe de bonne santé mentale, d'être bien adapté à une société malade ».
Mehdi se questionnait sur  cette société, qui perdait ses repères et ses  garde-fous, face à  la vague dévastatrice d'un libéralisme incontrôlable. A l'image d'une montagne qui se fissure Il voyait le monde se fractionner, en une minorité de nantis et une majorité de laissés pour compte..

A peine sorti de la salle d'attente et installé dans le bureau, il sentit un étau lui enserrer la poitrine. Sa difficulté à respirer alerta l'assistante , qui allait lui faire la prise de sang, affolée, elle s'écria :

-  Le patient nous fait un malaise , son pouls est anormal.
-  Le médecin déclencha l'alarme prévue en cas d'urgence.

En quelques minutes, il fut pris en charge par l'équipe urgentiste,  qui mit en route la procédure habituelle. Contrôle des fonctions vitales, massage cardiaque, masque à oxygène, installation et suivi de l'électrocardiogramme, tout allait dans le bon sens, jusqu'à l'instant critique ou le tracé devint plat, dans une sinistre raisonnance  Malgré les décharges de l''électrochoc et l'injection d'un tonique cardiaque, le patient ne réagissait toujours pas. Il ne répondait plus.
A cet instant, Mehdi  se sentit allégé de son corps. Celui ne répondait plus aux lois de la gravité, en se déplaçant à la vitesse de la pensée. Le film de sa vie , se projetait devant ses yeux, sans réellement l'affecter.Il ne se sentait plus concerné par l'injustice de ce monde, auquel il n'appartenait plus. Il se sentait aspiré vers des plans lumineux, éclairés d'une  blancheur  immaculée.

-  Je dois franchir ce passage ,se disait il en lui même.

Au moment crucial, il fut abordée par une entité qu'il avait connu sous sa forme terrestre. Il s'agissait de Mike, entouré d'une multitude d'être vivants. Ce  compagnon dévoué qui lui avait offert tant d'affection et de moments heureux, n'avait plus aujourd'hui, l'apparence du fidèle berger allemand qu'il avait été.
Mehdi ressentit l'unité de toute chose. A u plus profond de lui même, il compris que nos apparences physiques, nos différences ethniques  ne sont qu'une illusion. En réalité, nous sommes porteurs de la même parcelle lumineuse. Mike s'exprima mentalement et lui dit :

-  Vois tu mon ami, à l'image de la goutte d'eau, nous venons de la même source. Hier j'étais animal, aujourd'hui, j'ai repris ma place. Nul , ne sait à l'avance, ce que sera demain. Noir, blanc, jaune, pauvre, riche, grand, petit, beau , moche, ne sont que des illusions de l'esprit. La vérité réside dans l'unité de la conscience.
- Comment expliquer, cette violence sur terre, ces haines ancestrales , cette soif de pouvoir, cette cupidité indécente, alors que nous provenons d'une source unique ? Dit Mehdi
-  Mon ami, chacun de nous dois évoluer lors de son parcours terrestre, certains le font, d'autres redoublent leurs classes et repassent leurs examens.
-  Je suis heureux de constater qu'il existe un espace ou la fraternité, la compassion et l'humilité reprennent leurs droits.
-  Il est temps de rejoindre tes liens actuels et  parfaire ton évolution. Quand à nous , nous allons repartir et assister ceux qui ont en besoin. Sache une chose mon ami, qu'au delà de la matière, il y a le monde de l'esprit et que rien ne s'y perd. Nous aurons l'occasion de nous retrouver le moment venu.  Bonne chance mon ami !

Mehdi, se retrouva  dans la salle d’hôpital, face à son corps inerte. Il constata la souffrance des soignants, consternés par leur impuissance à le réanimer. Soudainement, un beep retentit et le tracé  se mit à onduler, de plus en plus rapidement pour retrouver sa fréquence normale.

- Il est revenu s'exclama le médecin urgentiste, les larmes aux yeux
-  Un miracle , renchérit l'une des infirmières.

Les yeux brumeux, Mehdi sortait progressivement de sa léthargie. Il venait de comprendre que ce n'était pas le moment de partir et que la vie lui redonnait une nouvelle chance. Lui, qui croyait en l'humain, se remit à espérer au plus profond de lui même, en se disant que tout n'était pas perdu. Il était encore possible de faire marche arrière et de chanter l'hymne de la vie. Il était encore temps de respecter cette mère nourricière, qu'est notre terre.

Quelque heures plus tard, sur ordre du médecin, il fut transféré aux soins continus pour une nuit d'observation. Dans son lit d’hôpital, il eut le loisir de réfléchir sur la tristesse et la morosité du climat social et politique.
Il repensa aux  médias , victimes du diktat de la rentabilité, abreuvant  le lecteur ou le téléspectateur , de réalités sordides et de violences gratuites. La surenchère prenant le dessus, ils donnaient l'image d'un monde dominé par les luttes fratricides, incapable de saisir la beauté de la vie.

Quelques jours plus tard, en cours de semaine, il décida d'aller faire quelques courses pour regarnir un frigo désespérément vide. En effet, depuis qu'il était au chômage, Mehdi, détestait faire ses courses le samedi. Il  haïssait cette escouade de caddies anonymes, se bousculant  dans une lutte pour la survie.
A l'entrée du temple de la consommation, alors qu'il se dirigeait vers les chariots,son regard fut captivé par celui d'une petite fille qui le transperça au plus profond de lui même. Un regard empreint de compassion et de douceur. Elle semblait lui transmettre un amour inconditionnel venu du fond des ages. Son sourire innocent lui redonna l'envie de se reprendre et  de changer le monde.

Ébranlé par cette onde de choc qu'il venait de ressentir, il se figea momentanément. Il sentit que des êtres de lumière s'étaient exprimés au travers des yeux innocents  de cette enfant.
Alors qu'il slalomait entre les rayons, un pinscher nain lui sauta dessus , avec un mouvement  de la queue amical. Le propriétaire surpris par la rapidité de cet élan d'affection se confondit en excuses.

-  Je suis extrêmement désolé, Chanel n'est pas aussi démonstrative d'habitude. Elle est assez réservée, en général.
-  Ce n'est rien, vous savez, j'ai l'habitude des animaux, j'avais moi même un chien qui nous a malheureusement quitté pour des raisons d'âge.

D'un geste amical, il caressa le bas et l'arrière du museau, sachant que nos amis canins  aimaient cela. Ce nouveau signe,  ne pouvait être une simple coïncidence. c'était le message final que lui transmettais le monde de l' invisible. Au delà des épreuves de la vie, Mehdi, venait de retrouver l'espoir d'un monde meilleur.
          
                                                                                                                                       © A. Deramchi



 
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